Lundi 23 avril 2007
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14:56
Jamais mon pied droit n'a autant ressemblé à mon pied gauche qu'en ce moment. Ils sont tellement froids que je ne sais lequel je déplace quand je marche dans cette satanée neige. Pour ne pas mourir de froid, nos pauses pour nous sustenter sont très courtes. Nous les appelons les entractes car c'est tout un cinéma pour manger de la viande congelée... de la vraie viande d'esquimau. Ils nous faut marcher, marcher et marcher encore. Il n'y a pas le moindre arbre suffisamment conséquent à l'horizon pour nous chauffer ou pour cuire l'esquimau. Je rêve d'une bouteille de gaz à la flamme bien bleue. Je la vois là, devant moi, flottant dans le ciel. Les hallus commencent, nous allons certainement, sous peu, devoir vous quitter. Notre aventure va se terminer ici, je suis sincèrement désolée. Nos corps seront peut-être retrouvés dans quelques siècles ou alors quelqu'un s'en servira comme viande d'esquimau. Et cette bouteille de gaz qui n'en finit pas de me hanter. Richard me tape sur l'épaule et pointe le doigt sur mon hallucination flottant dans les airs. Bien, nous sommes deux à présent à complètement dérailler. Richard insiste et me secoue comme était secoué JP II, ce qui annule un tant soit peu les effets des tremblements de terre. Cela me remet à l'aplomb de mon cerveau. J'émerge et admet (après avoir dégelé mes deux boules de glace, parfum "iris") qu'il y a bel et bien une bouteille de gaz qui flotte dans le ciel. J'ai les jambes bien trop raides pour tomber sur le cul. La bouteille de gaz s'approche de notre petit groupe, nous imitons les moulins et doucement, du ciel, descend la providence (ou du moins quelque chose qui lui ressemble). Et la providence commence à ressembler furieusement à une montgolfière. (et ce n'est pas rien par les temps qui courent).
Par LAURA DE KIRLIAN
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Publié dans : L'abominable homme des neiges
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Jeudi 19 avril 2007
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13:46
Allez, il nous faut préparer notre voyage pour nulle part. Nous avons les vêtements nécessaires pour résister au froid mais nous n'avons plus les raquettes de la Mélie (quel mélo...). Elle va être rude de rude la ballade sans compter que la terre parkinsonne toujours. Pour la nourriture nous avons quelques "sushis"* à nous faire, il n'y a rien que nous puissions manger mais l'eau ne manquera pas.
(*Oui, ça va, je sais, elle est nulle la vanne... mais tout réfléchi, l'idée de sushis n'est pas si mauvaise). Rappelez-vous, au chapitre précédent... n'avons-nous pas de la viande crue à notre disposition ... ?
Hein ? Ho ? Et alors, faut bien survivre non ? Il n'y a pas que les joueurs de rugby qui peuvent avoir le privilège d'un régime adapté. Que ce soit dans les Andes ou dans l'Himalaya, la faim justifie les moyens (de pire en pire).
Bon, c'est pas tout, mais nous avons encore une longue route à parcourir et après une nuit passée dans l'appareil, nous décidons de partir vers le Sud. J'admets que les sacs de viande ont un poids et une consistance malaisés. Ils cognent bizarrement sur nos fesses. (Je vous ai quand même épargné la mise en sacs, chus trop bonne...). La neige est relativement dure et notre marche s'en trouve facilitée. C'est toujours ça que les Yétis n'auront pas... et toc !
Par LAURA DE KIRLIAN
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Publié dans : L'abominable homme des neiges
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Jeudi 24 août 2006
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15:57

En place et lieu d'un gros câlin je me suis pris avec les garçons un ticket de crash en 1ère classe bien avant l'arrivée à l'aéroport. Il faut dire qu'avec un pilote s'appelant Jack Daniel et un avion ressemblant comme une goutte d'eau à un fer à repasser... Bref ! L'altimètre était pourri et l'avion s'est pris pour un Canadair. Mais un Canadair ne ramasse pas des congères, notre avion, si ! Le pilote n'aima pas le choc et par un manque de savoir vivre certain nous quitta. Une fâcheuse dispute entre sa tête et son corps provoqua un malheureux divorce. Bah, lui au moins continue de voler en des cieux plus cléments. Par contre, nous...
Nous sommes complétement paumés dans un bled où tous les chemins sont blancs dans un paysage immaculé. C'est vous dire...
Il nous faudra certainement une bonne dose de temps pour nous sortir de ce pétrin.
Par LAURA DE KIRLIAN
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Dimanche 18 juin 2006
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13:32
Nous nous réveillons (faut bien). La terre est toujours sujette aux tremblements. Les yacks ont disparus sans laisser une lettre d'adieu. Assis sur notre derrière (ce qui est la moindre des choses) nous contemplons le néant. La montagne aux Yétis n'existe plus. Une immense faille rocheuse qui s'étend à perte de vue d'est en ouest l'a engloutie. Oups... Nous regardons nos pieds avec la ferme intention de les accompagner le plus loin possible de cet endroit.
Nous avons un vol à prendre (d'assaut). J'ai besoin d'un peu de recul pour analyser les vertus géologiques d'un certain pont puis je me sens un peu lasse. Les garçons me regarde... j'aimerai bien un petit câlin.
Par LAURA DE KIRLIAN
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Jeudi 8 juin 2006
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17:02
Les tremblements de terre ne s'arrêtent plus. C'est le "courage fuyons, mais moi d'abord...". Le sol se crevasse sous nos pieds et pattes. La montagne se coiffe d'avalanches. Nous entendons au loin les trois Yétis qui concurrencent sévère l'Homme Yack en hurlant aux petits pois. Le pont n'existe plus et ils sont prisonniers sur leur île rocheuse. Ils sont devenus fous et dahutent autour de la montagne. Notre voeu : "Devenir tout petit, tout petit... mais sur l'horizon". C'est la débandade (de morue... j'assume). Nous laissons derrière nous la montagne s'éloigner au rythme de nos foulées. Notre fuite couvre celle du temps. Exténués nous nous écroulons sous le regard réprobateur d'un soleil juvénile. Le grondement des tremblements de terre doit avoir un effet soporifique... nous nous endormons.
(Tu crois que c'est facile de trouver à chaque fois une photo qui correspond au texte... je voudrais bien t'y voir tiens ! )
Par LAURA DE KIRLIAN
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